• 314 - Magie


    En France, les animaux sauvages n'appartiennent à personne (statut légal : res nullius = bien de personne). Vous l'avez appris à vos dépends si vous avez culbuté un chevreuil ou un sanglier avec votre véhicule, les frais étant entièrement pris en charge par votre assurance (hors franchise bien sûr. Le chevreuil est mort, mais votre assureur doit vivre !))... ou par vous-même si vous n'étiez pas assuré "tous risques".

    Si c'est ma perdrix apprivoisée (?!) que vous percutez, ma responsabilité civile couvrira les dommages occasionnés à votre voiture. Parce que cette perdrix m'appartient. Elle est res propria. Et ma faute est évidente puisque la divagation des animaux domestiques est interdite, et ce qui vaut pour les chiens et les vaches vaut aussi pour les perdrix apprivoisées, les chats et les cochons d'Inde (même si ces derniers sont rarement impliqués dans des collisions) !
     
    Ce statut de res nullius désengage une éventuelle responsabilité de la communauté face aux problèmes engendrés par la faune sauvage. Globalement, cette situation donne satisfaction. Les espèces prolifiques sont régulées par des volontaires (les chasseurs) qui acquittent des taxes pour avoir le droit de prélever des animaux qui ne leur appartiennent pas.
    Mais nous sommes en France, et non au pays des Bisounours...
     
    Un peu d'histoire. Pour faire simple, jusqu'à la Révolution française, le peuple nourrissait le gibier du roi. Interdiction formelle d'y toucher, même pour défendre ses cultures ou son bétail. 
    Simple, mais particulièrement injuste.

    Après la Révolution et quelques soubresauts, les animaux sauvages n'appartiennent plus à personne et la chasse peut être pratiquée par tous les propriétaires fonciers (les bourgeois essentiellement). 
    Un peu moins simple, un peu plus juste.
     
    Peu à peu, l'intérêt général est pris en compte et certaines espèces estimées nuisibles font l'objet d'attentions particulières, ce qui permet non plus un prélèvement plus ou moins limité, mais une régulation dans un cadre réglementaire assoupli à cet effet. La gestion se met en place. 
    Beaucoup moins simple, même si assez logique.
     
    Qui attribue ce statut peu enviable à la Corneille noire ou au Renard roux ? Le préfet, dans les limites fixées par les lois et le ministère chargé de l'Environnement (ceux qui s'intéressent depuis peu à la politique ne peuvent évidemment pas le savoir, mais il y a généralement un ministre chargé de régler, et non de créer, les problèmes liés à l'environnement). Il préside une commission constituée de représentants des chasseurs, des naturalistes, des piégeurs, des agriculteurs et de "personnalités qualifiées" (terme officiel)... commission qui dresse un état des lieux et prépare les arrêtés préfectoraux. 
    Apparemment irréprochable. En réalité, de plus en plus subtil, c'est l'ère de la communication.

    Car il n'est pas interdit d'être agriculteur, forestier ou fonctionnaire "qualifié" et chasseur... et piégeur... Une casquette pour la composition légale de la commission et pour la presse, l'autre pour les discussions et le vote. 
    Pourquoi changer ? Un forestier chasseur n'est pas plus idiot ou plus corruptible qu'un forestier non-chasseur ! Il est juste un peu plus chasseur, voire un peu moins forestier, dans son vote.
    Pourquoi tant de suspicion de ma part ? Sans doute en raison des listes validées par le ministère et/ou par ces commissions !
     
    Le Renard, qui nourrit ses jeunes au détriment des petits Rongeurs et des Lapins de garenne, n'a pas conscience de rendre service aux producteurs de végétaux (arboriculteurs, céréaliers ou vignerons). Évidemment. 
    Pas plus qu'il ne se doute qu'il fait l'objet de discussions portant, non pas sur ce service rendu, mais sur sa prédation incontestable sur le Faisan.
    Si l'intérêt général prévalait, le Renard serait protégé pour son rôle de prédateur et de charognard, et le Faisan serait absent du débat. Mais le Faisan, ou plus exactement les chasseurs qui veulent le tuer eux-mêmes, pèsent très lourd dans ces commissions. 
    Et le Renard devient dindon, c'est de la magie !
     
    Le même numéro de passe-passe fait que le Putois d'Europe, seul prédateur régulier du Rat musqué et amateur de Surmulot, figure dans la liste noire validée par le ministère car son goût pour le Lapin de garenne est connu. 
    Impensable sans une pression du milieu de la chasse.
     
    Et que fait la Belette sur cette même liste ? 
    La loi prévoit d'y inscrire des espèces pour l'une ou l'autre des propositions suivantes : "Dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques", "Pour assurer la protection de la flore et de la faune", "Pour prévenir des dommages importants aux activités agricoles, forestières et aquacoles" ou "Pour prévenir les dommages importants à d'autres formes de propriété". Ce sont les termes exacts du texte (R427-6 du Code de l'Environnement) qui cadre l'élaboration des listes par le ministère. 
    Cherchez l'erreur ! La Belette se nourrit quasi exclusivement de Campagnols et de Mulots. Georges-François Leclerc ("le préfet des bouquetins") aurait-il une fois de plus soufflé à l'oreille super-compétente et mis en avant le risque de transmission de maladies ? 
    Ou le fait qu'un gros mâle de Belette puisse dépasser les 200 grammes suffit-il à mettre en péril la sécurité publique ? Il est aisé d'imaginer les dégâts que peut causer un pareil monstre dans un département !!! Piégeons, tuons pendant qu'il est encore temps.
     
    Les chasseurs, avec la complicité des députés et des sénateurs, se sont peu à peu approprié la faune sauvage, au moins celle qui les intéresse, à savoir le gibier bien sûr, mais aussi les concurrents potentiels. 
    Aujourd'hui, l'intérêt général n'est plus pris en compte et la liste des "nuisibles" est un bricolage scandaleux qui ne repose que sur des préjugés et des réflexions partisanes.
    Res nullius n'existe plus, les chasseurs l'ont fait disparaître ! 
    Tout ceci s'étant fait dans l'indifférence générale, chacun fera son mea culpa...
     
    Au Moyen-Âge, les sorcières (définition floue et pratique permettant à l'Église de combattre ses détracteurs réels ou supposés) étaient accusées de tous les maux et leur élimination s'en trouvait pleinement justifiée... Je ne perçois pas toujours clairement le chemin parcouru depuis l'Inquisition et si je ne dis pas que certains politiques ou représentants de la ruralité en sont encore à ce stade, je m'interroge tout de même sur leur technicité, leur maîtrise du dossier, leur super-compétence (auto-proclamée ou pas) et surtout sur leur honnêteté.
     
    Pour conclure, disons qu'il y a pire que d'être officiellement classé "nuisible"... Parlez-en au Loup, au Bouquetin, au Pinson des arbres (voir page suivante) ou à l'Ours, tous protégés... 
    Question d'honnêteté encore !
     
     

    314 - Rat surmulot

    314-01 - Un Rat surmulot, "le nuisible" par excellence. Originaire de Chine ou de Mongolie, il est très présent chez nous depuis 3 siècles environ.
     
     

    314 - Rat musqué

    314-02 - Après les Chinois, les Américains ! Le Rat musqué nous vient d'Amérique du Nord...
     
     

    314 - Ragondin

    314-03 - ... et le Ragondin d'Amérique du Sud. Tous deux ont mis plusieurs décennies (de 1920 à 2000 environ) à envahir la totalité de la France.
     
     

    314 - Campagnol roussâtre

    314-04 - Campagnol roussâtre. Bien de chez nous, ce petit forestier peut être considéré comme nuisible en tant que Rongeur.
     
     

    314 - Campagnol roussâtre

    314-05 - Campagnol roussâtre
     
     

    314 - Lapin de garenne

    314-06 - Nuisible, gibier de base, proie principale ou secondaire, le Lapin de garenne, normalement absent des 2/3 nord de la France, se mange à toutes les sauces.
     
     

    314 - Renard roux

    314-07 - Renard roux. Dernière "sorcière" en activité, il était responsable de tous les maux et chassé sans relâche. L'arrivée du Loup va-t-elle changer la donne ?


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