• 327 - Pour le plaisir (1/3)

     Le Chat est un animal fascinant, à plus d'un titre. J'ai toujours aimé observer ce mini-tigre dans mon jardin ou mon salon. Mais chez l'ornithologue que je suis, les sentiments sont partagés, et depuis longtemps j'ai cherché à comprendre la place qu'occupaient mon Chat et ses congénères dans un milieu qui n'a souvent pas besoin de perturbations supplémentaires.

    J'ai aujourd'hui un regard critique mais apaisé sur cet incontestable chef-d'œuvre de la nature.

    Avant de devenir un animal de compagnie, le Chat était un animal sauvage. Les quelques milliers d'années de sa relative domestication n'ont pas changé grand-chose à son statut de prédateur, et il vous le prouve à chaque fois que vous lui ouvrez la porte.

    Et pour mieux comprendre ce qui se passe alors, pendant que vous êtes au travail ou que vous dormez, voici une petite leçon de choses sur les prédateurs. Rien de très compliqué, mais quelques idées reçues à étrangler et quelques notions d'écologie ou d'éthologie à acquérir.

    Bien entendu, si vous en savez autant ou plus que moi, vous me ferez part de vos critiques.

    Quelques remarques :

    - l'article étant long, il sera mis en ligne en plusieurs fois ;
    - les passages "gore" sont placés entre crochets ;
    - comme d'habitude, les photos sont toutes cliquables pour être vues en 1920 pixels de large.

     

    327 - Chat domestique

    327-01 - Chat domestique

     

     Il n'est pas rare d'entendre dire d'un animal carnassier, ou d'une espèce, qu'il, ou qu'elle, tue pour le plaisir. Ce comportement, jugé inadmissible et impardonnable, peut être le prétexte à bien des excès tout aussi impardonnables... De nombreux prédateurs en font les frais encore aujourd'hui et depuis trop longtemps.

    Seuls les Hommes, et dans une moindre mesure leurs Chiens et leurs Chats qui "jouent", bénéficient d'une certaine clémence aux yeux de la majorité. Et si les limites admises sont franchies par l'un d'entre nous, des termes éloquents font irruption dans notre vocabulaire. Il est alors question de "véritable prédateur", de "loup solitaire", de "bête fauve"...

    Et pourtant.

    J'observe les animaux depuis quelque temps maintenant. Je lis, j'écoute. Et je vois, dans les médias notamment, des gens qui tuent d'autres gens pour une cause ou pour des intérêts pas toujours avouables.

    J'en vois qui tuent des animaux pour un trophée ou pour le sport. La mise à mort des animaux peut même être mise en spectacle et appréciée. En ces temps sombres, il est aussi possible de voir l'exécution d'otages sur Internet, parfois même avec la passivité complice de politiques français...

    Nous sommes bien loin de la bête fauve, du loup solitaire ou du véritable prédateur qui eux tuent pour manger, pour nourrir leurs jeunes, moins souvent pour défendre un territoire de chasse ou une place dans le groupe. Le prédateur n'a sans doute pas plus d'éthique que vous et moi, mais à ma connaissance pas non plus de goût pour le meurtre, et encore moins pour sa mise en scène.

    Alors d'où viennent ces croyances, ces convictions ? Je pense qu'elles ne sont que des interprétations subjectives, souvent basées sur  des observations partielles.

    1950. Louis, agriculteur, a vu un gros rapace manger un lapin. Le dimanche suivant, après la messe, il en parle à Yves, chasseur. Qui lui apprend que c'est une buse, qu'elle se nourrit de lapins...
    Fiction que je viens d'imaginer. Mais je me souviens de conversations semblables dans les années 70 ou 80.

    La connaissance du régime alimentaire de nombreux prédateurs ne se faisait qu'à l'occasion d'observations souvent fortuites, généralement brèves et rarement à des distances permettant une bonne lecture du tableau. Pas étonnant à une époque où il n'y avait ni jumelles ni longue-vue pour s'assurer qu'il s'agissait bien d'une Buse, et non d'un Busard ou d'un Autour. De toute manière, pas de livre non plus vous expliquant comment reconnaître ces espèces dont vous n'aviez jamais entendu parler.

    Plus désolant de surprendre ce genre de conversation en 2000 ! Et pourtant !

     

    327 - Busard des roseaux

    327-02 - Qui, en 1950, savait qu'il s'agissait d'un Busard des roseaux ? Et qui avait le temps et les moyens de regarder ce qu'il chassait ?

     

    327 - Faucon crécerelle

    327-03 - Un jeune Faucon crécerelle.

     

    Comme les autres prédateurs, la Buse variable mange ce qu'elle peut, c'est-à-dire ce qu'elle est capable de capturer et dont elle a besoin (de la viande plutôt que des épinards !). Que passe un Lapin de garenne pas trop gros, ou pas trop vif, voire pas trop méfiant, et elle assure son casse-croûte.

    Mais en temps ordinaire, elle se contentera plus souvent de Campagnols et de Mulots, mais aussi de charognes, d'animaux blessés (sinon jamais de pigeon frais au menu !), de vers de terre, de gros insectes.

    Tout comme le "menu", la préparation du repas, ou plus exactement l'action de chasse, faisait l'objet de spéculations, de suppositions, plus ou moins bien étayées par des observations souvent sujettes à caution.

    Que penser d'un Faucon crécerelle qui fait du sur-place à quelques mètres au-dessus d'un pré où vous avez aperçu des Perdrix grises peu avant ?

    Que penser aussi du Renard dont les jeunes jouent avec des pattes de Lièvre aux abords du terrier ? Quant aux animaux nocturnes, à ceux qui plongent, à ceux qui chassent les "moucherons" à grande hauteur...

    Il a fallu attendre une période assez récente, non pas pour savoir ce que mange le Putois et les autres Mustélidés, mais pour connaître précisément leurs régimes alimentaires, c'est-à-dire la totalité de la gamme de proies qu'ils consomment, y compris les plus petites, mais surtout leurs fréquences relatives.

    Voir une Hermine manger un Lapin de garenne ne nous dit pas si elle en mange un par jour, par mois, par an... ni si ce Lapin était malade ou blessé avant de se faire prendre... Et cette Hermine est-elle un phénomène, une vedette locale, plus grande et plus forte que toutes ses congénères, ou a-t-elle un appétit et un physique normaux ?

     

    327 - Lapin de garenne

    327-04 - Celui ou celle qui mangera ce Lapin de garenne  ne l'aura peut-être pas tué.

     

    Aujourd'hui, la technique nous fait des petits miracles.

    Il est ainsi possible, par exemple, de compter les soies de Lombrics dans une crotte de Renard et l'ADN nous permet de savoir si cette crotte appartient au même individu que celle ramassée il y a trois semaines à un kilomètre de là ! On ne se bat pas à armes égales avec nos prédécesseurs !

    Une technologie performante, des protocoles validés, des algorithmes remarquables... ne laissez plus traîner vos reliefs de repas ou vos déjections, c'est plus instructif que votre carte d'identité !

     

    327 - Laissées

    327-05 - Une carte d'identité sur une souche... à condition d'avoir le lecteur ! Renard ou Marte, je ne sais pas.

     

    327 - Phoque gris

    327-06 - Poils de Phoque gris.

    Tout ceci pour vous dire qu'aujourd'hui les gens qui veulent vraiment savoir ce que consomme la Belette le savent.

    Et que ceux qui vous disent que le Loup mange du Bouquetin, du Chevreuil et de nombreuses autres proies sauvages s'appuient sur des travaux validés et non sur des observations au mieux partielles, au pire partiales et bidouillées ! Ce qui n'empêche pas le Loup de manger des Moutons, surtout lorsqu'il n'y a ni berger, ni chien, ni clôture...

     

    327 - Buse variable

    327-07 - Une Buse variable. Peut-être à l'affût de vers de terre qu'elle consomme souvent.

     

    327 - Chat domestique

    327-08 - Chat domestique

     

    327 - Chat domestique

    327-09 - Il a l'allure d'un Chat forestier mais il s'agit bien d'un Chat domestique.

     

     

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