• 373 - Des Loups en Bretagne

     

    373 - Loup gris

    373-01 : le Loup gris revient, d'Italie et d'Allemagne, c'est incontestable.

     

    Est-il possible qu'il y ait, actuellement, des Loups en Bretagne ?
    Certains (l'association l'Observatoire du Loup) ne l'excluent pas et cherchent même des indices ou des preuves en Centre-Bretagne. La presse a évidemment relayé ce scoop à l'automne dernier, mais à ce jour il n'y a toujours pas de certitude et les recherches continuent. Le Groupe Mammalogique Breton et l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage n'y croient pas.

    Cette question serait-elle alors saugrenue, destinée à faire le buzz ? Je ne m'appelle pas Laurent (voir ici), je n'ai pas d'électorat à brosser dans le sens du poil, le dossier est complexe, et ma réponse sera donc plus nuancée.

    Tout d'abord, sous des apparences assez farfelues et une prose très particulière, l'Observatoire du Loup (ODL) bénéficie de sources hétéroclites mais parfois très bien informées. Et cette association se permet de publier des hypothèses plutôt osées sur l'avancée du Loup en France. Elle annonce depuis longtemps l'arrivée du Loup en Bretagne avant 2020.

    Le Groupe Mammalogique Breton (GMB) et l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) s'en tiennent à des faits établis, prouvés. Le fait que le GMB ne croît pas à la présence du Loup en Bretagne et que l'ONCFS n'en parle même pas ne signifie pas une absence certifiée.

    La situation actuelle du Loup est donc discutée et les fans ou les opposants voient bien plus de Loups que les officiels. Les cartes qui suivent vous permettront de vous faire une idée du grand écart qui existe entre les répartitions proposées par les uns ou les autres.


     
    373 - Des Loups en Bretagne 373 - Des Loups en Bretagne373 - Des Loups en Bretagne

    La répartition officielle, en 2015 (données départementales ONCFS, carte de Ferus) et en 2018 (données communales, ONCFS). En médaillon, la répartition en 2003.
    J'ai cerclé de rouge les noyaux de présence permanente, mais vous noterez certains points gris clair (présence temporaire) bien à l'écart des meutes constituées. Ces points peuvent correspondre à des Loups de passage ou à des installations en cours.

    Si vous y ajoutez tous les cas de prédation douteux et les départements jugés à fort potentiel et assez proches de la zone de présence estimée, la carte prend une autre allure... Et on pourrait sans doute y ajouter la Sarthe et l'Orne, départements boisés et riches en Ongulés.

    Répartition proposée par l'ODL pour l'année 2018.

    Le choix des couleurs est discutable (orange pour les meutes installées et rouge pour les animaux de passage, vert pour les départements "sous surveillance" !) mais vu sous cet angle, la Bretagne est colonisée bientôt.

    373 - Des Loups en Bretagne

     

    Le Loup reviendra en Bretagne, tôt ou tard, c'est certain. Mais pour l'instant, hormis la présence possible d'un individu totalement isolé, nos enfants sont hors de portée, Dieu merci !

    Aura-t-il le loisir de s'y installer confortablement ? Tout dépendra de l'accueil qui lui sera réservé. Et c'est bien là que les choses se compliquent.

    Les espaces vierges n'existent plus, depuis longtemps, pas plus en Bretagne qu'ailleurs, mais les secteurs de forêts, de landes ou de friches de taille suffisante pour assurer la tranquillité d'un ou plusieurs Loups ne manquent pas.

    La nourriture, à savoir essentiellement des Ongulés, sauvages (Chevreuil, Cerf, Sanglier) ou domestiques (Moutons, Chèvres), est là, et en quantité suffisante. Ces dernières années, les prélèvements effectués par les chasseurs sont de quelques dizaines de Cerfs, quelques centaines de Sangliers et quelques milliers de Chevreuils par an et par département breton. La présence de quelques Loups n'y changerait pas grand chose, ce qui ne signifie pas pour autant que tous les chasseurs souhaitent son retour !!!

    Tout semble pour le mieux. Mais... (Mèèèèhhh diraient certains).

    C'est la prédation sur le cheptel domestique, inévitable quelles que soient les mesures prises, qui pose le plus de problèmes. La perte d'un Mouton pour un éleveur qui en possède quelques centaines est toujours mal vécue. Rien de plus normal. Alors imaginez la réaction de celui qui perd un veau, son unique chèvre naine, ou son poulain de quelques semaines ! Ici le rationnel, les pourcentages de pertes ou les primes de compensation n'ont plus cours.

     

    373 - Mouton

    373-02 : le Mouton étant bien souvent considéré comme un animal stupide, les gens autres que les éleveurs admettent assez facilement un niveau de prédation "raisonnable" sur cette espèce.

     

    373 - Mouton

    373-03 : bien plus délicat lorsqu'il s'agit du Mouton de votre enfant.

     

    373 - Veau

    373-04 : la valeur émotionnelle d'un veau est forte. Même si ce n'est pas une proie commune, le risque existe.

     

    373 - Cheval

    373-05 : Poneys: fort heureusement pour le Loup, les Chevaux et Poneys sont rarement attaqués.

     

    373 - Poulain

    373-06 : 

     

    373 - Poulain

    373-07 : n'ayez crainte, même dans les régions occupées par les Loups, les Chevaux peuvent encore profiter du soleil ! Et même de la neige !

     

    Le retour du Loup en Bretagne, comme dans les autres régions, dépendra de la manière dont seront acceptés tous ces cas, y compris les plus difficiles. Mais la prédation ne fait plus partie de notre vie quotidienne. Et la mort non plus, sauf à être cachée. Elle est confiée à des professionnels qui nous livrent des filets sous cellophane ou nous proposent des prises en charge et des soins palliatifs. Et qu'ils soient éleveurs ou soignants, leur travail, leur obsession, ce pour quoi nous les employons, c'est éloigner toute référence à la mort pour les mortels que nous sommes encore et toujours malgré nos multiples précautions.

    Et aujourd'hui on s'émeut bien plus devant les images d'une vache qui souffre (inutilement) quelques minutes dans un abattoir que devant des radeaux surchargés de gens qui fuient leur misère et tentent de traverser la Méditerranée. L'émotion prime sur la raison. Les migrants nous "parlent" lorsqu'en 2015 un reporter nous met sous le nez la photo du corps de Aylan (ou Alan) rejeté sur une plage turque. Qui ignorait les noyades à répétition en Méditerranée avant de voir cette photo ? Il aura fallu toucher la sensibilité des foules et non faire appel à la raison pour obtenir des réactions. Homo sapiens perdrait-il ce qui le distinguait des autres bêtes, ce qui le rendait si fier, si supérieur ?

    Les sondages nous montrent que la majorité des Français souhaite le retour du Loup et les lâchers d'Ours. Mais je crains que ce ne soit pas parce que c'est sain pour  l'équilibre des milieux sauvages, ou parce que la présence de grands prédateurs aide à la survie de l'ensemble des espèces, ni parce que leur maintien est une sorte de garantie pour notre propre avenir. Non, je crois que nombre de gens veulent du Loup comme on veut un voyage clé en main. Ils rêvent, ils fantasment, d'une belle Arche de Noé, d'une nature qui serait belle et bonne. Ils s'expriment sur un monde qu'ils ne connaissent pas et qu'on leur vend sous forme de belles images. Or si la prédation est une obligation dans et pour la nature, il ne faut pas oublier qu'elle est dure à voir pour les non initiés. Et les sentiments peuvent faire basculer une majorité... Des politiciens sans envergure, mais non sans ambition, savent s'y prendre pour augmenter leur audience sur le compte du Loup (Wauquiez) ou de l'Ours (Lassalle) en jouant de la corde sensible. Des discours enflammés, à base de raccourcis et d'approximations, un double langage bien maîtrisé, un réseau de relations... Le Loup n'a aucune chance si la raison ne l'emporte pas.

     

    373 - Loup gris

    373-08 : son avenir ne dépend ni de lui, ni du Ciel...

     

    Quelques individus de Loup gris reviendront en Bretagne, peut-être dans les 10 ou 15 années qui viennent. Ces éclaireurs ne pourront faire souche et se reproduire pour une installation durable que si les populations locales, et notamment rurales, le veulent bien.
    La balle est dans notre camp et c'est bien nous, Bretons de souche ou d'adoption, qui déciderons de sa réinstallation ou de sa redisparition.

     

     

    « 372 - Y'a pas de lézard374 - Un très mauvais signe »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :