• 396 - Pauvre petit oiseau !

    Récemment, une amie me contacte après avoir recueilli un rapace blessé.
    Quelle espèce ? Quelle type de blessure ? On ne peut pas être bonne partout... Heureusement, la technique vient à notre secours et les photos du rapace blessé me montrent clairement un jeune Martinet. Erreur fréquente tant cet oiseau a une allure déroutante lorsqu'il est vu de près.

    Sauf à avoir du temps, de la pâtée pour insectivores et une certaine expertise, le mieux est d'orienter le patient vers un centre de soins agréé. Mais l'addition "envols des jeunes de nombreuses espèces + vacances + sécheresse" a eu raison des capacités d'accueil du centre. Et ce petit Martinet va donc retourner d'où il vient, et même d'où il n'aurait jamais dû venir car ne rien faire est souvent ce qu'il y a de mieux à faire en matière de nature. Bien sûr que la suite est triste pour cet oiseau, même s'il a la chance de croiser un prédateur en quête de repas pour ses propres jeunes. Et sinon l'inanition, le froid ou la chaleur... C'est dur à admettre, car ce jeune Martinet subit une sélection que l'on peut juger injuste, sévère, inhumaine, mais il ne peut en être autrement.

    Nos bons sentiments nous poussent à récupérer l'oiseau tombé du nid ou le bébé phoque échoué sur la plage. Mais chaque espèce produit plus de jeunes qu'il n'en faut pour le simple renouvellement des générations. Il leur faut pouvoir coloniser de nouveaux espaces, restaurer des effectifs réduits par les aléas climatiques. Ce surplus est absorbé chaque année par les maladies, les prédateurs, les parasites. Faute de quoi, les individus d'une même espèce se concurrencent et se nuisent mutuellement. Sauf cas particuliers d'espèces en sous-effectif chronique, une fois soigné, votre petit protégé va redevenir un individu en conflit avec ses congénères.

    Il y a bien mieux à faire pour les animaux sauvages. Ne pas utiliser de produit chimique dans son jardin, par exemple. Ne pas goudronner, à commencer par sa propre cour. Ne pas couvrir de plastique, ne pas privilégier les plantes exotiques. Ne pas laisser traîner son chien. Etc.
    Laisser faire, s'asseoir et regarder !
    Intervenir raisonnablement dans son jardin, en dehors des périodes les plus critiques pour les animaux ou les plantes (reproduction notamment).

    Fin de la digression. Vous venez de trouver un animal en difficulté et vous tenez à faire quelque chose pour lui. Sachez que s'il s'agit d'un jeune, il est préférable de ne pas l'éloigner de ses parents. Évident ! Donc ne pas lui faire peur et le laisser là où il est. CQFD.

    Mais comment reconnaître un jeune animal ?

     

    396 - Chevreuil

    396-01 : chez les Mammifères, le jeune est plus petit que ses parents. Ce chevrillard (faon de Chevreuil) n'aura sa taille adulte qu'en fin d'hiver prochain. Chaque chevrette donne naissance à deux chevillards au printemps. La moitié environ meurt en cours d'année, entre autres de complications pulmonaires lors de périodes humides. Cette mortalité "normale" est compensée par une fécondité "excessive".

     

    396 - Goéland marin

    396-02 : les Oiseaux nidifuges ou semi-nidifuges (voir ici), comme ce Goéland marin et aussi les poussins et canetons, naissent couverts de duvet. Ils quittent le nid très tôt et suivent leurs parents plus ou moins loin. Leur taille réduite et l'absence de plumes (elles n'apparaîtront que progressivement) les rendent faciles à identifier jusqu'à un âge assez avancé (plusieurs semaines).

     

    396 - Goéland argenté

    396-03 : chez de nombreuses espèces, le plumage d'adulte n'est acquis qu'au bout de plusieurs années et les immatures sont très reconnaissables... pour qui connaît l'espèce en question. Mais il s'agit bien d'immatures (voir ici), c'est-à-dire d'oiseaux non adultes mais néanmoins totalement autonomes. Ce Goéland argenté immature est dans sa seconde année et, bien que n'étant pas en âge de se reproduire, il ne sera pas considéré comme un "jeune" dans un centre de soins.

     

    396 - Hirondelle rustique

     396-04 : chez les Passereaux (pratiquement tous nos petits oiseaux), les jeunes quittent le nid avant de savoir se nourrir seuls, et même avant de savoir voler correctement, voire avant de savoir voler tout court ! Le but est d'abandonner un nid devenu étroit et parfois insalubre. Un bec énorme aux bords épais et souvent colorés, un air ahuri, un plumage "mou" aux couleurs plutôt fades sont autant d'éléments qui permettent de reconnaître le "vrai bébé" qui a sensiblement la même taille que les adultes. À ce stade, tout peut basculer très rapidement. Le vent et la pluie, ou la chaleur et la sécheresse, peuvent être fatals, mais le chien curieux peut aussi éparpiller la nichée et compromettre ses chances. Ne pas intervenir, ou si nécessaire, mettre l'oisillon à l'abri, c'est-à-dire sur une branche ou un mur aussi proche que possible de l'endroit où vous l'avez trouvé. Cette Hirondelle rustique a élu domicile sur une brouette ; en l'absence de chien et de chat, c'est un choix convenable.

     

    396 - Bergeronnette des ruisseaux

    396-05 : une jeune Bergeronnette des ruisseaux. Queue courte et plumage paraissant doux (ce qu'il est souvent).

     

    396 - Moineau domestique

    396-06 : Moineau domestique.

     

    396 - Pouillot véloce

    396-07 : ce jeune Pouillot véloce porte son premier plumage, poussé en quelques jours pour pouvoir quitter le nid au plus vite. Les plumes en sont moins dures, moins structurées que celles des adultes, d'où cet aspect velouté. Dans quelques semaines, capable de s'alimenter seul et correctement, il renouvellera cette couverture "bas de gamme" et prendra le temps de produire quelque chose de plus sérieux, à même de le protéger des intempéries et de le porter en Espagne ou en Afrique où il passera l'hiver.

     

    396 - Merle noir

    396-08 : les teintes brunes ou rousses et les taches et bordures pâles sont fréquentes chez les jeunes oiseaux. Merle noir.

     

    396 - Cincle plongeur

    396-09 : évidemment que deux "innocents" attendant leurs parents, plus ou moins bruyamment, sont des jeunes. Remarquez la teinte grisâtre du corps et les liserés blancs des ailes. Cincles plongeurs

     

    396 - Chardonneret élégant

    396-10 : un jeune Chardonneret élégant (en compagnie d'un Moineau domestique et d'un Verdier d'Europe) près d'une flaque d'eau. Ses couleurs ternes compensent en partie son manque de vigilance.

     

    396 - Pic vert

    396-11 : vous le reconnaissez, vous l'avez vu page 350. Ce qui explique ce petit coucou de la patte qu'il vous fait discrètement ! (Et je ne vous fait donc pas l'affront d'un sous-titrage vous indiquant l'espèce). Exemple flagrant de changement de plumage en cours.

     

    396 - Rougegorge familier

    396-12 : la transformation d'un oiseau insignifiant (un jeune Rougegorge familier) en un des plus connus des jardiniers et des poseurs de mangeoires. Et cela se passe tous les ans dans votre jardin ou dans le bois le plus proche de chez vous. Mais il est possible que vous ne soyez pas toujours assez attentif à ce qui se passe autour de vous !

     

    « 395 - 500 !

  • Commentaires

    1
    Lundi 29 Juillet à 10:43

    Hééé oui, j'ai réappris une leçon ce jour-là, et surtout, beaucoup d'infos fascinantes sur le martinet ! Notamment, si mes souvenirs sont bons, c'est un des rares oiseaux à ne pas être accompagné par ses parents alors qu'il atteint le stade de l'envol, ceux-ci étant souvent déjà partis en migration vers l'Afrique.

    Effectivement, il était sauvable au prix suivant : le transporter plus de 10 heures en voiture avec clim, par jour de canicule (il faisait 40° sur plus de la moitié de mon trajet), le truc vachement "doux"... Faire accepter à ma mère, phobique des oiseaux, sa présence. Le nourrir avec une nourriture spécifique à trouver en amont, toutes les 6 heures. En plein déménagement, où je passe mes journées dans mon nouveau chez-moi pour le rendre habitable, et mes soirées dans ma famille (à 70 km de là), ça devenait cauchemardesque, en courant à mon avis le risque de le tuer aussi... et là, c'eut été pire, je trouve. N'empêche, la fiche technique de la LPO est super bien faite et je pense qu'en d'autres circonstances, plus calmes, je l'aurais fait et j'aurais réussi.

    Une expérience qui reste malgré tout magique, et je te remercie encore mille fois pour ta réactivité et ta disponibilité, ainsi que ta lucidité :)
    J'aurais bien posté ici une ou deux photos de ce moment, mais celles-ci sont sur mon portable, qui est mort hier soir. Je ne récupèrerai tout ça que d'ici une semaine.

    Note : oui, j'ai d'abord rougi quand tu m'as annoncé que c'était un martinet, et pas un petit rapace, mais c'est vrai qu'il a une tête particulière, et de toutes petites serres. Bref, maintenant, je suis fan du martinet !

     

    2
    Lundi 29 Juillet à 19:43

    Très intéressant. Tes photos sont de plus en plus réussies, j'ai un faible pour le pouillot véloce, le moineau, le rouge-gorge, la bergeronnette. yes

      • Mardi 30 Juillet à 09:19

        Merci. Mon matériel est meilleur que celui que j'avais au début, même si je n'ai rien de nouveau depuis quelques années. Et, en photo comme ailleurs, l'expérience est irremplaçable...

    3
    Lundi 29 Juillet à 19:45

    Quand on envoie un commentaire, le pseudo saute et une note demande de recharger la page. Alors on remet le pseudo et ça daigne partir. Bizarre

      • Mardi 30 Juillet à 09:20

        La plateforme Ekla a des soucis en ce moment et ne trouve pas la solution pour ce genre de bug. Trois mois que ça dure !

    4
    Mardi 30 Juillet à 14:04

    Pour les photos animalières que tu fais , il faut effectivement une bonne focale donnant la meilleure profondeur de champ possible sans contrarier la luminosité. Moralité on doit investir dans un appareil assez cher, aux objectifs à la hauteur. Pour ce qui me concerne, libre de contrainte, je me fais un plaisir depuis des années à faire des photos avec des APN d'environ 100 euros tout en connaissant leurs supérieurs, les ayant aussi utilisés en argentique jadis. Je suis limité par le zoom mais je peux trimbaler l'engin partout. J'ai un APN plus gros et plus performant mais ne m'en sers presque pas à cause de son volume pourtant peu excessif. Ensuite, comme tu dis, l'expérience est irremplaçable, certains feront des prouesse avec une brouette quand d'autres caleront en Ferrari. Quoiqu'il en soit, bravo pour l'ensemble de ton oeuvre. Cette histoire de bug se résoudra bien un jour. Il n'est rien qu'une absence de solution ne puisse résoudre. 

    5
    Mercredi 31 Juillet à 12:56

    Je réfléchis, encore, au fait de ne pas intervenir, surtout si c'est un jeune. Je comprends totalement le raisonnement, si si ; toutefois il faut d'abord être capable de déterminer l'âge du sujet (et vive ton article, et de nombreux autres avec ces excellentes photos, pour s'aiguiser l'oeil). Ensuite, il y a la magie... et ses travers, du coup. La magie d'une rencontre finalement assez rare où, en "bonne" humaine que je suis, je vis la naissance d'une histoire inhabituelle avec cette vie sauvage que je croise si peu. Sans parler d'adopter le petit être sur lequel je tombe, oui, je suis alors mue par le désir de soigner, accompagner... sauver, comme un échange de services, en fait : pour le plaisir magique de la rencontre, donner une chance.

    Je crois que si de telles rencontres m'arrivaient plus souvent, j'aurais, par la force des choses, plus de "discernement". La seule autre fois où je suis tombée sur un animal blessé, c'était un jeune chevreuil, probablement heurté par un véhicule et qui avait réussi à se traîner dans la forêt à côté. J'ai trouvé le garde forestier, qui a pris son fusil, et nous l'avons abattu (je dis "nous" car il a fallu que j'encourage le bonhomme, qui n'avait jamais eu à faire ça auparavant).

      • Mercredi 31 Juillet à 22:39

        Bien sûr que je comprends bien ton raisonnement, et je l'approuve. On est loin du marchandage lamentable que se livrent nos pays civilisés pour savoir si on sauve quelques dizaines de malheureux ou si on les laisse se noyer ! On doit faire notre possible pour sauver les gens en difficulté. Cela ne nous épargnera pas un vrai débat sur l'immigration et les solutions à développer...

        Le problème est légèrement différent pour les animaux sauvages dont les effectifs rendent de toute manière illusoire de vouloir les sauver tous.

        Si le but est de rendre service à des individus ("ton" Martinet par exemple), la démarche est relativement simple : il "suffit" de les soigner !
        Si le but est de rendre service à l'espèce, à la nature, à la biodiversité, de faire utile en matière d'écologie, c'est plus compliqué. En schématisant beaucoup, et en admettant que la grosse majorité de nos interventions sont plutôt malvenues dans un monde qui tournait bien mieux avant notre développement délirant, le mieux est de laisser faire.

        Le must est d'intervenir intelligemment, c'est-à-dire au cas par cas, avec le recul nécessaire. En concentrant l'effort sur les espèces les plus menacées, avec comme objectif un retour en nature dans de bonnes conditions (ce qui suppose que l'animal est bien guéri et est resté sauvage). Accessoirement, les sujets les plus abîmés peuvent être gardés en captivité pour produire des jeunes destinés à être lâchés. C'est ce qui se fait actuellement pour le Gypaète barbu par exemple.
        On peut aussi estimer que les animaux dont les blessures ou difficultés sont directement liées à l'homme doivent être "dédommagés". Y compris pour des espèces communes. Comment ne pas soigner un oiseau victime d'un câble aérien ou un phoque blessé par un engin de pêche ?

        Et il y a les animaux victimes de causes plus ou moins naturelles, qui sont plus ou moins craquants, plus ou moins faciles à nourrir, loger... Pour avoir tenter X sauvetages lorsque j'étais gamin, avec bien peu de réussites, je ne me laisse plus attendrir aussi facilement et je m'efforce d'être plus utile à l'espèce qu'à l'individu. Ce qui n'empêche pas les sentiments et si je n'interviens pas pour tenter de sauver un lapin aux prises avec un goéland, j'ai remis sur pied quelques pigeons ramiers trouvés dans mon jardin. Parce que c'est humain.

    6
    Lundi 5 Août à 19:32
    Article vraiment intéressant qui rappelle des règles connues mais parfois oubliées.
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